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Secteur Ecologie - PCF la commission écologie du PCF

Conférence nationale : la contribution collective de membres de la commission écologie

La conférence nationale du PCF aura lieu les 14 et 15 décembre, retrouvez ici la contribution collective de la commission écologie, dont voici le texte :

Ecologie, climat, biodiversité : changer notre image, pour un parti tourné vers les enjeux d’avenir.

Contribution collective à la conférence nationale du PCF de décembre 2024 à l’initiative de membres de la commission écologie du PCF.

Si vous souhaitez associer votre nom à ce texte (même après la conférence nationale), le faire savoir en écrivant à : ecologie@ecologie

Par ordre alphabétique :


Thierry AURY, Jean BARRA, Jacques BAUDRIER, Amar BELLAL, Geoffrey BODENHAUSEN, Tehei BOUGUEMARI, Sandra BRISSON, Julien BRUGEROLLE, Audrey CERMOLACCE, Fanny CHARTIER, Bruno CHAUDRET, Jean Claude CHEINET, Gilles COHEN TANOUDJI, Alec DESBORDES, Michel DONEDDU, Jean Claude ESTIENNE, Jean Christophe FOURNEL, Bruno GABRIEL, Frédérique GALLIEN, Kevin GUILLAS, Stéphanie GWIZDAK, Laurent JADEAU, Ourouk JAWAD, Meredith JUGY, Fatima KHALLOUK, Ivan LAVALLEE, Victor LENY, Gwenina LUSSOT, Anne MANAUTHON, Jules MARGOTIN, Nadia MERSALI, Alain PAGANO, Irene PERRIN TOININ, Henriette PICCHIONI, Jaime PRAT-CORONA, Adeline ROULET, Laurent SANTOIRE, François SIMON, Raphaël STEIGER, Pepino TERPOLININ, Stéphane VASSEUR, Pierre VERTUT

Nous traversons une période où les crises économiques, les menaces géopolitiques, nous amènent trop souvent à reléguer au second plan les questions écologiques. Il en va pourtant de la crédibilité du Parti Communiste Français de faire de la question écologique un axe fort de campagne, de formation de ses militants et de ses dirigeants, afin d’imprégner cette culture environnementale à tous les niveaux : la Conférence nationale ne peut passer à côté du sujet, c’est un enjeu de modernité et d’image du PCF qui se joue ici.


UN MONDE A L’ÉPREUVE DE LA CRISE CLIMATIQUE ET DES GUERRES
Bien que la feuille de route de la conférence ne mentionne presque pas les enjeux autour de la crise écologique, le monde continue lui sa propre « feuille de route » : ce lundi 9 décembre 2024, l’agence européenne Copernicus annonce que nous allons franchir pour l’année 2024, et pour la première fois, la limite des 1,5 degré de réchauffement global, démontrant que le respect de l’Accord de Paris s’éloigne de plus en plus. 2024 est donc officiellement l’année la plus chaude jamais enregistrée sur Terre : c’est une menace qui plane sur l’Humanité. Il est vrai que la crise climatique n’est pas une menace aussi directe que le risque d’une guerre généralisée ; nous avons tous en tête le conflit en Ukraine, avec cette possibilité bien réelle que cela dégénère en un conflit nucléaire : mais la crise climatique reste une menace malgré tout, une menace des « temps longs » à prendre très au sérieux. Rappelons que les deux combats sont liés : d’une part le combat pour le climat est nécessaire à la paix : limiter l’intensité du changement climatique, et donc ses conséquences, c’est réduire les crises annonciatrices de guerres potentielles entre les peuples dans un monde où les ressources se raréfieront. D’autre part le combat pour la paix est nécessaire pour avoir des chances de gagner ensemble le combat pour le climat car nous aurons besoin d’un monde de coopération où règne une confiance mutuelle, où les dépenses iront prioritairement aux grands projets de développement et non à l’armement militaire : accès à l’eau potable, à l’éducation, à la sécurité alimentaire, à la santé, à l’habitat. C’est à cette condition que nous pourrons faire face à la crise écologique.
Mais nous sommes encore loin hélas de cette prise de conscience


L’ÉCOLOGIE DOIT RESTER UN AXE FORT POUR LE PCF
On aurait pu penser que les inondations dramatiques à Valence en Espagne auraient dû produire une prise de conscience, mais une actualité en balayant une autre, cette tragédie a été vite oubliée et on continue de raisonner avec les repères du « monde d’avant ». Pire, le climato-scepticisme progresse, ce qui peut paraitre paradoxal, mais les psychologues connaissent bien ce phénomène de persistance dans le déni, malgré et même surtout, face à la réalité terrible qui ne laisse plus planer de doute sur la nécessité d’agir. Une sorte de sidération qui nous fait rejeter tout ce qui nous ramène au réel du défi climatique.
On dit que c’est dans les moments difficiles que l’on reconnait les amis. C’est dans les moments difficiles que l’’on juge de la sincérité du combat d’un parti politique en dehors des modes, des stratégies de communication, des démarches politiciennes et électoralistes. Même quand une idée est moins en vogue dans la société, il faut continuer à se battre, c’est cela la noblesse de la politique, et c’est à cela que l’on reconnait de véritables femmes et hommes d’État.
C’est donc le moment pour le PCF de réaffirmer l’importance de son engagement sur les politiques climatiques et écologiques.

UNE SÉQUENCE INTERNATIONALE SUR L’ÉCOLOGIE EXCEPTIONNELLE
Nous avons aussi vécu une séquence internationale exceptionnelle sur les enjeux écologiques : en l’espace d’un mois, une COP Biodiversité en Colombie, une COP Climat à Bakou, une COP autour de la lutte contre la pollution plastique à Busan et maintenant une COP sur la lutte contre la désertification. C’est exceptionnel et le parti devrait en tenir compte sérieusement dans son expression, dans ses initiatives, ce qui se joue ici est aussi important que la guerre en Ukraine et à Gaza. La crise de la biodiversité par exemple, c’est la menace de perdre une bonne partie du vivant sur Terre, et de façon définitive pour des milliers d’années (on ne sait pas recréer une espèce vivante disparue à part dans les films de science-fiction comme Jurassic Park…). Ce n’est pas un sujet trivial, c’est une menace pour l’espèce humaine.
Pas de « jours heureux » si on perd la biodiversité, le climat, si on mange du plastique à midi et si on vit dans un monde où le désert progresse et menace notre sécurité alimentaire.

LES GRANDS DÉFIS D’AVENIR
Un des grands défis d’avenir est justement notre capacité à répondre aux besoins d’une humanité qui va bientôt atteindre une population de 10 milliards d’habitants, et ce dans les limites planétaires que sont par exemple le climat, la biodiversité et la limitation des ressources. La science et le progrès technologique peuvent aider mais il faudra des transformations politiques profondes, un tout autre fonctionnement de l’économie mondiale, pour parvenir à un changement de nos modes de production mais aussi de consommation. C’est un défi qui va au-delà du nécessaire – mais non suffisant – dépassement du capitalisme, comme nous l’avons écrit au dernier congrès. La lutte des classes, le dépassement du capitalisme, sont des conditions nécessaires, mais les défis liés à l’anthropocène resteront bien réels, même débarrassés de ce système économique prédateur et destructeur. Nous aurons à gérer dans cette nouvelle ère, l’Anthropocène, les conséquences du changement climatique durant des siècles, le legs des pollutions de notre environnement, la disparition d’une partie de la biodiversité ; nous aurons à relever le défi d’organiser les activités humaines et la réponse aux besoins légitimes de développement de milliards d’êtres humains qui vivent encore dans la pauvreté et sont privés de tout, et ce de façon compatible avec notre ambition écologique.

MODERNISER NOTRE IMAGE PAR L’ÉCOLOGIE ET LE FÉMINISME
Des progrès notables ces dernières années ont été faits dans le parti sur la prise de conscience de ces enjeux. Il y a eu le discours de Fabien Roussel lors de la mémorable présentation du plan climat le 6 novembre 2023, mais aussi la séquence télévisuelle où Leon Deffontaines offre un exemplaire du plan climat à la candidate EELV lors du débat sur les Européennes sur France TV devant des centaines de milliers de téléspectateurs : cela aide à faire évoluer notre image. Mais il y a cependant encore beaucoup à faire pour ne plus se contenter d’une simple démarche de communication et de slogans, et travailler sur le fond de nos idées.
L’enjeu pour notre parti est immense, car nous souffrons encore de l’image d’un parti tourné vers le passé, avec une démarche souvent jugée « ringarde ». Changer cette image passera par la prise en compte des enjeux d’avenir comme l’écologie, mais cela passera aussi par la place que nous accordons à l’égalité femme-homme à travers un rééquilibrage dans la visibilité de nos porte- paroles : on ne s’éloigne pas du sujet ici car l’absence de femmes dans les médias est criante et plombe notre image, et pour se faire entendre sur un sujet aussi majeur et moderne que l’écologie, il faut aussi être crédible sur le féminisme, c’est un tout. Les partis écologistes de ce point de vue l’ont bien compris.

CLASSES POPULAIRES ET CLIMAT : UNE AUTRE DIMENSION DE LA LUTTE DES CLASSES
Arrêtons avec cette hiérarchisation des besoins humains que nous faisons implicitement, qui suppose de façon caricaturale que les classes populaires penseraient d’abord au contenu de leur frigo, et seulement ensuite, et de façon lointaine, à l’avenir de la planète, et qu’il faudrait en conséquence d’abord axer notre discours prioritairement sur les salaires, le pouvoir d’achat, et moins parler du reste. Nous le savons pourtant, ce sont les classes aisées qui pourront se payer des logements dans des zones épargnées par les canicules et se protéger du réchauffement climatique. A Valence en Espagne ce sont des quartiers populaires qui ont été dévastés : en ce sens le défi climatique est une autre dimension de la lutte des classes. De plus – faut-il le préciser ?- il y a une forme de condescendance et de mépris de classe vis-à-vis de ces populations en présupposant que leur citoyenneté politique ne se limite qu’a des enjeux immédiatement matériels et à court terme, et que ces préoccupations ne seraient que l’apanage d’une certaine « élite ».
On pourrait multiplier les exemples qui démontrent comme l’a dit Fabien Roussel lors de son discours d’introduction à la présentation du Plan Climat qu’il ne peut y avoir de politique écologique sans politique sociale, de même qu’il ne peut y avoir de politique sociale sans politique écologique. En effet, sans politique sociale il ne peut y a avoir de politique climatique car il faut pour que cela réussisse des services publics efficaces, planifier la réindustrialisation, donner des pouvoirs pour les salariés dans l’entreprise, avoir une fiscalité plus juste, nationaliser des banques et reprendre le pouvoir sur la finance. Mais sans politique climatique, c’est-à-dire dans une France subissant 4 degrés de réchauffement (c’est à dire 3 degrés au niveau mondial, ce vers quoi nous nous acheminons…), on pourra difficilement répondre aux besoins sociaux et construire une société des jours heureux. Ce sera difficile car la santé, l’agriculture, l’accès à une eau abondante, le confort des logements, nos équipements et nos infrastructures, nos industries, et d’une manière générale toute notre économie seront durement impactés.
En réalité, la seule écologie punitive, c’est celle qui consiste à ne pas agir et à conserver le statu quo, ou à alors à agir mais sans donner les moyens aux classes populaires de rénover leur logement sans devoir s’endetter à vie ou sans donner les aides suffisantes pour avoir accès à une voiture électrique pas cher tout en leur imposant des ZFE.
C’est d’autant plus vrai que le budget austéritaire frappe les dépenses sociales mais aussi écologiques n’épargnant pas les aides à la rénovation des logements, l’accès à la mobilité électrique pour les classes populaires, la casse de services publics pourtant si essentiels à la transition climatique.
Nous n’avons rien à gagner à suivre les discours démagogiques stigmatisant les normes ou des mesures environnementales. Ces dernières, bien que perfectibles, sans véritables moyens financiers pour être efficaces – nous sommes d’accord sur ce point – parfois perverties, sont nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité, c’est ce que nous disent les scientifiques. Dans une France à 4° de réchauffement, que deviendront nos agriculteurs, nos éleveurs, à qui on désigne opportunément ces normes prétendument responsables de tous leurs maux, alors qu’elles sont censées justement limiter les crises climatiques futures dont ils seront les premières victimes ? Nous devons faire la part des choses et ne pas tout dénoncer en bloc, et faire ce travail d’explication de ce qui relève de mesures perverties par le capitalisme, et de ce qui relève d’une nécessité réelle d’agir face aux dégâts de la crise écologique qui s’annonce.
Prenons un tout autre exemple, touchant la solidarité internationale et nos rapports avec les pays du « Sud global » : nous avons organisé sous la coupole de la place du Colonel Fabien à Paris, une belle journée en soutien à Cuba. Il faut savoir qu’un monde avec 3 degrés de réchauffement, c’est 10% des terres à Cuba qui sont sérieusement menacées, ce qui risque de plonger ce pays dans une crise majeure. On ne peut donc pas afficher notre solidarité vers ce pays et en rabattre par exemple sur nos ambitions climatiques : les deux vont de pair, sinon nous nageons en pleine contradiction dans nos propositions.


LE PLAN CLIMAT EMPREINTE 2050 : UNE DYNAMIQUE QU’IL FAUT RECONNAITRE
Nous avons aujourd’hui un outil avec notre plan climat Empreintes2050. De nombreuses contributions écrites dans le cadre de notre conférence, individuelles et émanant d’instances, insistent sur le bilan positif et la modernité de cette démarche et plaident pour que le parti la déploie avec plus de force, alors que ce n’était pas le cœur – loin de là – de notre feuille de route. Quand on sort l’écologie par la porte, elle revient par la fenêtre : en effet les camarades vivent dans une société où le débat sur ces enjeux est omniprésent et réclame naturellement qu’il soit un marqueur pour notre parti. En témoigne plus de 100 initiatives et RDV publics qui ont eu lieu partout en France en l’espace de quelques mois, émanant de sections et fédérations, et ce de façon spontanée, sans que cela soit un mot d’ordre ou une campagne décidée nationalement. C’est ce qu’on appelle une dynamique qui vient de la base du parti. Le PCF gagnerait à souffler sur ces braises et à amplifier cette dynamique, dynamique qu’on voit trop rarement dans le parti, là où souvent on essaie aux forceps d’impulser des campagnes thématiques avec beaucoup de difficulté. C’est de la responsabilité d’une direction de reconnaitre la réalité de cette dynamique et d’aller dans ce sens. Avec le plan climat, on réussit à parler industrie, nationalisation, planification, emploi, formation, service public, recherche, agriculture, logement, transport, économie, financement, et ce par le biais du défi climatique : on prend ainsi ces sujets de façon dynamique et en les liant avec des défis d’aujourd’hui. Ce qui s’exprime aussi, c’est un retour en grâce de la planification comme méthode sur des enjeux de temps long comme la transition climatique : une planification démocratique où les salariés seront au centre, avec de nouveaux pouvoir dans les entreprises, et dont l’expertise sera déterminante. Il est à noter que les camarades veulent un plan et non pas une projection vague et un discours général et d’intentions. Et c’est aussi ce qui ressort des dizaines d’auditions de syndicalistes, d’instituts scientifiques, d’associations, de personnalités, mais aussi du travail qui est mené avec les commissions internes du parti pour préparer la version 2 du plan. Le plan climat parle aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du PCF : c’est aussi un aspect de cette dynamique.


L’ÉCOLOGIE : UN DÉFI POUR NOTRE COLLECTIF INTELLECTUEL DANS LE PARTI
L’écologie est un défi pour notre collectif intellectuel dans le parti : trop peu d’intellectuels dans le parti travaillent ces sujets autrement qu’en le voyant comme une problématique en périphérie de la lutte des classes sans plus. Nous avons pourtant besoin d’intellectuels d’un genre nouveau qui travaillent ces sujets : des scientifiques, des ingénieurs, mais aussi des camarades issus des sciences humaines, ou tout simplement des camarades qui se construisent une expertise en travaillant les « dossiers » par leurs vécus dans les luttes dans le monde du travail. Ce qui est encourageant, c’est de voir cette génération d’intellectuels d’un nouveau genre émerger : ils et elles doivent prendre toute leur place au parti au côté des autres intellectuels, le changement d’époque et les défis nouveaux l’exigent.


UN PARTI TOURNE VERS L’AVENIR : LE MEILLEUR HOMMAGE POUR NOS ANCIENS
Le parti doit continuer à commémorer et étudier son histoire prestigieuse bien sûr, mais il ne doit pas faire que cela. Ses yeux ne doivent pas être rivés sur le rétroviseur, il doit regarder l’avenir. Répondre aux défis qui angoissent la jeunesse, c’est aussi cela l’utilité d’un parti politique comme le nôtre. La meilleure façon de rendre hommage à nos ainés, c’est justement de travailler et répondre à ces défis d’avenir.